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Jean-Pierre NadauJean-Pierre Nadau © photos TP
 
Jean-Pierre NADAU
Jean-Pierre NADAU © photo DR
Né en 1963 à Melun, vit et travaille à Morillon en Haute-Savoie
1982-1985   École de théâtre Charles Dullin à Paris
 
 
Notre premier contact avec oeuvre de Jean-Pierre Nadau remonte à l'année 2001 où l'exposition Noir sur Blanc Mondes Intérieurs installée à la Halle Saint-Pierre de Paris nous a positivement marqués.
En 2003, le temps passant l'artiste nous écrivait à propos de l'exposition consacrée à Josette Rispal (un tout autre monde intérieur très coloré) et que nous présentions à Lyon durant la Biennale d'Art Contemporain.
Aujourd'hui, c'est à Jean-Pierre Nadau d'investir l'espace de la galerie Trait Personnel avec ses oeuvres grouillantes et fantastiques.
Sa plume Sergent Major, une fois encore, signera !
          Yvonne Ravachol Bonhomme
 
 
Une partie des homo sapiens construit un cocon gigantesque, de plus en plus complexe et en prolifération constante. Ils ont cyniquement raison de ne pas tenir compte de l'autre (énorme) partie qui agonise, car les pauvres ne génèrent aucunes fluctuations alarmistes sur les marchés boursiers. Même l'épouvantail médiatique du terrorisme semble assimilé, statistiquement et psychologiquement maîtrisée ou tout du moins gérable par les nouvelles générations conquérantes. Des bébés américains doivent déjà s'amuser à faire tomber des piles de cubes en regardant le DVD de leurs parents où l'on voit la destruction des tours de New York.
Mais dans l'aveuglement vaniteux de son intelligence supérieure, l'homme néglige à tort certains paramètres qui pourtant le menacent inexorablement, les insectes en font partie...
Cela fait plus de quatre cent millions d'années qu'ils sont installés sur terre. Ils ont résisté à toutes les catastrophes, vaincus tous les périls, bravés tous les dangers et continués à se multiplier devenant vite, et de très loin, l'espèce animale majeure.
L'humain n'est que récent et provisoire, un simple grand singe macrocéphale parcimonieusement réparti sur la planète. Or, si la violence industrielle incessante devient responsable d'une calamité écologique, dont la disparition de milliers d'espèces d'insectes, certains de ces derniers au contraire commencent à profiter des nouvelles conditions imposées par l'humain pour pulluler de façon monstrueuse. Le réchauffement climatique s'accentue, et ces petites bêtes que l'on méprise tant vont s'adapter bien plus vite que nous aux moiteurs chimiques.
Les moustiques répandront plus équitablement dans les deux hémisphères, paludisme, dingue, fièvres jaunes et autres virus encore inconnus ; l'immigration massive des criquets et chenilles africaines vont irrémédiablement ravager nos cultures ; les termites seront de plus en plus voraces avec nos logements, les blattes et autres rampants de l'ombre seront responsables de cruelles dégradations sanitaires, de nouveaux hybrides, hyper agressifs, d'abeille et de guêpe au venin mortel envahissent nos riantes campagnes, les super colonies de fourmi belliqueuse vont s'étendre...
Ce rapide accroissement thermique artificiel, inédit, renforcera la vitalité et la résistance de ces bestioles pour s'accommoder de n'importe quels insecticides et bientôt, les pauvres grands cons de singes que nous sommes en crèveront. Sous un ciel bourdonnant et noir, nos chairs putréfiées feront alors le régal de nécrophores mutants aux mandibules géantes.
Ce scénario catastrophe et néanmoins plausible, surtout associé à d'autres facteurs aggravants, me sert de base pour cette exposition. Mes dessins ne sont pas descriptifs de situations réalistes. Ils ne reflètent qu'une ambiance fantastique, avec une précision de multiples détails proliférant, parfois totalement incongrus, qui caractérisent mon style graphique et s'adaptent bien à ce sujet.
La plus grande toile, Mythologie des trois hippodromes infernaux, bien plus ancienne (1994), n'a pas été conçue autour de ce thème, mais s'y rattache car elle symbolise l'instinct de mort et sa structure d'ensemble fait étrangement songer au Grand-Paon-de-Nuit.
          Jean-Pierre Nadau


...Ses œuvres toutes en accumulation de personnages, d'historiettes fantastiques et de rappels historiques sont étonnamment bien construites. Trait d'une justesse exceptionnelle, graphisme déroutant par sa rigueur farfelue, incroyable par sa technique euphorisante.
Là, où les prouesses techniques devraient apparaître, elles cèdent la place, dans l'oeil du spectateur, à un humour, une vitalité et un bonheur de créer généreux et hors de tout contrôle.
Un plaisir rabelaisien, une ironie et un sarcasme qui donnent à cet artiste toute sa singularité.
          Justine Flandin

Jean-Pierre Nadau © photo DR

Nadau le "turfiféraire": une fièvre de cheval
Tout dans les dessins de Jean-Pierre Nadau part des certitudes pour aller aux hypothèses les plus burlesques au sein de planches qui ouvrent le vendre de Paris. Dédié au mystérieux Noenoeil, sorte de nouveau cyclope dont on ne saura rien, Jockey Patron fait suite aux Turlupointus et à Ca veut rire à Longchamp pour Frédo le Stéphanois et nous plonge dans l'univers du turf parisien. C'est donc un Paris populaire et gouailleur qui se saisit par la bande là où il n'est pas question de réalisme où de ce réalisme particulier qui revisite à sa manière et sous couvert des films dialogués par Audiart un univers fantasmatique qu'on à tord de réduire à un parangon d'univers adjacent : ceux de Willem et de Dubout. Avec Nadau nous ne sommes jamais dans le tissé en dépit des effets de plans mais nous entrons dans un labyrinthe délirant qui avant de nous présenter un miroir de Paris nous accorde la pure contemplation d'un langage iconique proche de l'art brut, mais d'un art brut qui relève de la conscience et de la stratégie drôlatique. Chaque planche de Jockey patron devient ainsi une sorte de cérémonial étrange et bourré d'humour dans ce qui tient moins de la quête nostalgique d'un par(ad)is perdu que d'une reconquête et d'une autre appropriation des lieux. Plus qu'un moyen de réparer le temps qui s'écoule, de le "suspendre" comme suspendre la mort qui se répète dans chaque évocation des figures tutélaires évoquées, on rentre ainsi en une sorte de passage à travers les jeux infinis des lignes dans leurs ordonnancements. Il existe dès lors un retournement entre deux abîmes là où l'œuvre impose son instable stabilité. On va ainsi vers un savoir original, là où dans sa majesté dérisoire et dégingandé le dessin impose une Loi - le sens d'un destin ? - au moment où le dessinateur réinsère le fétichisme de l'art. Mais dans le corps de les planches (le corps du délit) s'il existe un savoir il n'y aura pas de réponse. Juste - et mieux : un écho où pénètre quelque chose de l'ordre du plaisir, où le désir de durer à travers le temps s'engouffre sans que jamais celui qui regarde puisse devenir voyeur tant Nadau en dressant ses passages ménage aussi une suite d'impasses.
A ce point il ne faut même plus chercher à comprendre ce que ça cache, il convient de se laisser prendre, se laisser perdre à perte de vue dans l'espoir de trouver la bonne distance au regard dans l'espoir d'entrer dans les planches de " Jockey Patron " comme si on entrait dans les ordres (du désordre). Demeure ainsi quelque chose de la grâce et de la souffrance dans ce qui paradoxalement est tout sauf un jeu de dupes puisqu'à travers lui on peut tenter de percer le mystère de l'image en éprouvant un sentiment d'identité mais dans lequel aucun narcissisme ne peut- être flatté puisque ce n'est pas" du " réel qui est représenté mais les images d'images reprises, contrôlées, détournées. S'érige de la sorte quelque chose d'édifiant, mais de souterrainement édifiant entre le noir et le blanc qui rappelle celui des films populaires français des années cinquante du siècle passé et qui permet de ne pas voir sur image mais à travers comment le turf inscrit sa propre histoire dans l'histoire de la capitale.
Et henni soit qui mal y pense.
          Jean-Paul Gavard-Perret


« Les Turlupointus » et « Exuvies »
Voilà les titres faussement évocateurs de deux albums de dessins de Jean-Pierre Nadau, reçus durant l'année 2002. Des publications de cet artiste demeurent un événement important dans le monde de l'édition graphique en dehors de tout contexte ou étiquette que souvent l'on attribue aux diverses expressions artistiques. La première notion retenue, en examinant un des dessins édités, vu dans son ensemble ou dans un détail, c'est la découverte d'un imaginaire sans limite et sans cesse renouvelé. J'ai l'impression que chaque image en engendre des milliers. À travers cet ensemble de phénomènes qui constitue la vie, existe des périodes ou des lieux où l'on assiste à l'apparition d'un grouillement d'espèces nouvelles aussi bien dans le domaine zoologique que botanique. Comme si la Nature expérimentait dans toutes les directions possibles de nouveaux êtres ou végétaux adaptés à des multitudes de situations, pour en définitive atteindre un quelque chose qui nous échappe totalement. Pour faire face à l'inimaginable, l'inexplicable, on a inventé des théories, et même Dieu Il faut bien vivre l'esprit en paix sur cette terre lancée à vive allure à travers le cosmos.
 
Cependant pour en revenir à ce processus de création permanente, nous remarquons qu'il y a des lieux privilégiés comme l'Amazonie ou des époques géologiques spécifiques où il a été plus marqué que d'autres. Il en va de même dans la biologie, où certaines lignées animales n'évoluent pas tandis que d'autres se perdent en une multiplicité de variations. Au niveau de l'homme et de ses possibilités imaginatives, il en va de même, certains individus font preuve d'une inventivité remarquable, sans cesse en mouvement et cela dans tous les domaines des activités humaines. D'entre elles, celle qui nous intéresse le plus ici demeure : la création plastique, apparemment gratuite dans sa finalité, opposée à celle scientifique reposant sur un imaginaire encadré par un maillage de règles, théorèmes, postulats, théories.
 
Nous allons toujours de mystère en mystère. Dans une société donnée, pourquoi voyons-nous tel ou tel individu se « spécialiser » dans tel ou tel domaine ? Est-ce que notre société que nous pensons intelligente et possédant son propre arbitre, ne serait pas à l'image, bien sûr, plus sophistiquée, de certaines colonies d'insectes ? Pourquoi Jean-Pierre Nadau naît-il dessinateur ? Quel message ou quelle fraction du futur, consciemment ou non, révèle-t-il ? Est-ce que dans nos gènes nous portons tous une infime fraction du devenir de notre espèce, notre itinéraire dans le Cosmos ? Voilà donc une première réflexion qui s'impose à moi dès que je feuillette les premières pages de ces deux ouvrages : hiéroglyphes du futur !
          Jean-Claude Caire
 

« Neuve Invention »
Sous la bannière «Neuve Invention», Jean-Pierre NADAU tisse depuis quelques années une gigantesque toile d'araignée où il capture de multiples fantasmes facétieux, des êtres aux datations diverses et douteuses, des cartographies initiatiques, des villes transparentes et dentellières, des gardiens ancestraux, des déités démodées et d'innombrables autres objets et personnages.
D'entre ces architectures sublimes, labyrinthiques, vertigineuses et subtiles, des tribus inattendues surgissent. Les plus déterminées affichent sur la façade du palais présidentiel, un gigantesque calicot : «le comptoir des géants», portrait de quelques anciens gouverneurs (...) et tout récemment un groupe d'incontrôlés annoncent une lancinante campagne publicitaire attirant l'attention sur «la mythologie des trois hippodromes infernaux».
Abandonnons l'imaginaire pour revenir sur terre. Alors, qu'elle n'est pas notre stupéfaction devant ces dessins époustouflants, fouillés et triturés à l'extrême, tout à la plume, dont certains mesurent plus de dix mètres de long multipliés par deux virgule quatre mètres de haut.
          Jean-Claude Caire
 

Des livres de Jean-Pierre Nadau
 
Jean-Pierre NadauJean-Pierre NadauJean-Pierre NadauJean-Pierre Nadau © photos TP
 
Les Turlupointus, vol. l, recueil de 50 dessins, Éditions le Dernier Cri, 2001
Exuvies, recueil de 40 dessins, Préface de Gilbert Lascault - Éditions Culture Hors Sol, 2002
Fantaisie Hermétique sur les Courtines, textes et dessins - Éditions Le Galet, 2003
Le temple d'Yllitnahc - Éditions Le Saprophyte Acquis, 2004
Jockey Patron - Éditions Le Saprophyte Acquis, 2004
Les Turlupointus, vol. Il, recueil de 50 dessins - Éditions le Dernier Cri, 2005
Écritures d'Yllitnach - Éditions Culture Hors Sol, 2005
Fertilité et Grastronomie au XXIIIe siécle - Éditions Le Saprophyte Acquis, 2006
Le Boa Trouvé Lové - Éditions Le Saprophyte Acquis, 2006
Pulpe - Éditions Le Saprophyte Acquis, 2007