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Maurice MAILLARD
De la Gravure
Le goût du métier et du métal, une sensibilité prononcée pour les odeurs de vernis, d'huile, d'acide, d'encre... pour la diversité, le grain et la main des papiers...ne sauraient totalement justifier l'estampe sans risquer d'être considérés comme la perpétuation d'une tradition en opposition au progrès, valeur positive de notre civilisation. Il n'y a pas de progrès en philosophie, science et art, seules les techniques évoluent. L'évolution de la gravure l'a libérée des contingences de la reproduction, elle est désormais autonome. Libre et solitaire.
Choisir aujourd'hui la gravure comme un mode d'expression à part entière implique l'exigence d'un résultat plastique propre qu'aucune autre technique ne pourrait offrir : la gravure n'est pas reproductible autrement que par elle-même. La pratique de la gravure (de l'estampe) correspond, plus qu'à un désir de tradition, à un rapport au monde, à une philosophie et une poétique dont les mobiles sont à chercher en amont des techniques, dans son principe même et dans le sens du mot, des mots.
Graver, Simple et d'évidence naturelle, l'incision est un geste trop anodin pour intéresser historiens et philosophes alors qu'il préside directement ou indirectement à grand nombre d'activités et de fabrications, Son étude mettrait à jour la généalogie d'une invention qui prend sa source aux confins de l'histoire de l'humanité. Là où l'animal devint homme puisqu'il semblerait que seul l'homme incise volontairement, L'acte de graver est, comme le langage, propre à l'humanité, Les grottes gravées, les os et pierres incisés de traits parallèles régulièrement espacés témoignent nettement d'une volonté de communiquer, de comprendre, de dénombrer, de mesurer, Déjà la gravure native se place sous le signe du multiple, de la connaissance, de la transmission et de l'émotion face au réel, Graver, c'est prendre langue.
De l'incision sont nés : figuration, symbolique - il est possible que la gravure rupestre ait précédé la peinture, peindre viendrait de «entaille» en indo-européen - écriture, bas-relief, sculpture, puis par voie de conséquence estampage et empreinte, imprimerie, gravure, photographie, cinéma, informatique (« icône, gravure, incise », traces ancestrales…). Il en résulte un allégement progressif des supports, une complexification des outils. L'évolution contraindrait-elle à l'abandon de la matière au profit d'une complication des modes de communication ?
Entre la grotte et le virtuel, l'estampe conjugue à mi-parcours matière et sens, densité et légèreté. Du côté de la grotte, la matrice, du côté du virtuel, l'empreinte. La gravure incise la permanence de la matière. L'estampe est transfert. La matrice est instance, l'épreuve est dévoilement. Graver, c'est se situer volontairement dans l'entre-deux, dans l'intervalle de la matière et du signe, entre incision et écriture, entre le minéral et le vivant, dans l'espoir d'unité.
Graver, d'étymologie incertaine, oscille entre le grec et l'allemand, entre la clarté de l'écriture (graphein) et l'obscurité de la tombe et du creusement (graben). Écrire et creuser, un même acte, un même sens. Du grec, graver sert le sens, la langue, le texte, dont la proximité avec l'estampe est historique et permanente. De l'allemand, les glissements de sens obligent à creuser... On creuse pour : chercher un trésor, une nourriture, une issue cacher un secret, un trésor, enterrer un mort… planter un arbre, un signal, une clôture, un édifice... évider, faire un trou (une lumière)... comprendre, trouver la vérité... Creuser suppose résistance, désir, volonté, investissement du corps. On ne creuse jamais sans raison, on ne grave jamais sans raison.
Que veut exhumer, ensevelir, planter, édifier, comprendre le graveur ? Au bord de quel creux originel ou ultime se tient-il, à quelle résistance s'oppose-t-il, à quel corps à corps se livre-t-il ? Creuser, descendre dans les profondeurs est le contraire de gravir.
Graver/gravir
La béance, le vide du «e» renvoient en miroir à la verticalité, à l'érection du «i», Le graveur en creusant cherche à gravir, Il a besoin de la surface pour créer de la profondeur et prendre de la hauteur, Comme le poète, il pratique l'oxymore et appareille les contraires. Quelle qu'en soit l'étymologie, graver revient à clarifier l'obscur, Le sujet et l'objet de la gravure sont uniques et le même : le noir de l'origine et l'obscurité de la langue - le noir de l'encre en serait la mémoire, la trace. L'obscurité est à l'oeuvre chez de nombreux graveurs (Seghers, Rembrandt, Piranèse, Goya, Picasso, Morandi, Soulages, et bien d'autres), ils rayent, grattent, gravent jusqu'au noir, jusqu'à la perte de l'évidence du réel ; jusqu'au noir originel, puis, du creux du noir naît la lumière. La nuit engendre le jour. Le graveur est un guetteur d'aube.
La gravure, l'estampe, sont métaphore de l'engendrement, « papier amoureux, matrice, lange, berceau »... C'est toujours de désir, d'origine et de reproduction qu'il s'agit. Désir d'origine et d'engendrement, Eros préside aux cérémonies de la gravure : bains, caresses, griffures... alliance du sec et de l'humide, du dur et du tendre, du chaud et du froid, de l'eau et du feu, du sucre et de l'acide... La gravure désire, c'est-à-dire, au sens premier, regrette une absence. Quelle absence ? Quel manque la gravure cherche-t-elle à combler ? Vers quoi, vers où se porte-t-elle ? L'estampe est émergence d'un à-venir. L'estampe est autant dessein que dessin, « comme si le dessin était déclaration d'amour destinée ou ordonnée à l'invisibilité de l'autre...»
Jacques Derrida
De dimensions souvent modestes, l'estampe ne s'offre pas avec ostentation à la contemplation collective, elle accompagne chacun sur des chemins intimes à la découverte de l'instance des choses face au silence de l'horizon et au murmure de l'espace. L'espace du graveur est son champ de métal poli, miroir qui ne réfléchit que la profondeur de ses tailles. L'estampe est l'horizon de la gravure.
Pratiquer la gravure aujourd'hui, interroger la gravure, c'est se placer volontairement hors des modes et des ruptures, dans l'omniprésence du temps et l'universalité de la matière, dans le fondamental et le dérisoire, dans l'économie des moyens et des artifices, dans la permanence de l'obscure clarté, dans la sagesse déraisonnable de l'application et de la transgression de règles imposées par les matières d'oeuvre, dans la gravité du jeu, dans l'engendrement du même qui n'est jamais le même, dans une sensibilité inaltérée au lieu du monde et à l'horizon de l'infini.
C'est, à la manière d'Archimède, tracer du doigt dans la poussière les figures de l'énigme.
Maurice MAILLARD Nouvelles de l’Estampes
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Expositions personnelles
2007
Peintures, Dessins et Estampes, atelier Laure Boyer – Paris
Peintures, Alliance Française, Casa Taulé – Sabadell
Peintures I Dibuixos, Temple Romà – Vic
Peintures I Gravats, Galeria Rua X d'Art – Manresa
2006
Les Peintures, Espace Culturel Martial Tauourdeau – Bonneval
Les Gravures, Hôtel du Département – Chartres
Centre Culturel Sainte-Cécile – Ceillac
Galerie Plein Cadre – Rouen
2005
Portes Interdites, Galerie La Hune-Brenner - Paris
Chez Catherine Van den Steen et François Bouthors – Cercy
Manoir des Rocques – Villequier
2004
Graver Gravir, Galerie Trait Personnel - Lyon
Galerie La Hune-Brenner - Paris
Galerie Plein Cadre – Rouen
Bastion de France – Porto Vecchio
Maison des Métier d'Art – Roanne
Librairie Tschann – Paris
2003
Incise nature, Artothèque de Saint-Herblain
2002
Association « OEdipe fait salon » - Paris
Michel ltty. Paris.
2001
Invité d'honneur du salon de gravure - Manosque
Passage de l'Ad - Marseille
2000
Librairie L'Armitière.
Le Mai du livre d'Art - Rouen
Salon Pages - Paris
1999
SAGA (Édition Anne Bourdier)
1998
Alliance Française - Sabadell, Espagne
SAGA (Édition Anne Bourdier)
Galerie, Centre Culturel Du Bellay - Mont-Saint-Aignan
1996
Galerie Anne Bourdier. Rouen
Édition du livre CHANT LEVE, texte et gravures de Maurice Maillard
1995
Salon Réalités Nouvelles, Paris
Expositions Collectives
2007
Intaglio, œuvres gravées – Reims
5ème Biennale internationale d’Estampe contemporaine, Trois-Rivières – Québec
Biennale de l’estampe de Saint-Maur.
XIIIème Biennale internationale de la gravure et des nouvelles images de Sarcelles
Prints Tokyo 2007
2005
Paysage, Galerie la Hune-Brenner – Paris
Collection privée, Espace Bateau-Lavoir – Paris
Aquoibon, URDLA Centre international de l'estampe – Villeurbanne
2004
Vinyl Event, Trait Personnel - Lyon
Galerie La Hune-Brenner - Paris
Collection d'un amateur, Espace Bateau-Lavoir – Paris
2003
XS 2004, Trait Personnel - Lyon
2002
Fouilles du souk, URDLA centre international de l'estampe - Villeurbanne
Galerie La Hune-Brenner - Paris
Michel ltty - Paris
2000
Galerie La Hune-Brenner - Paris
Galerie La Teinturerie - Paris
Théâtre des Chalands - Val de Reuil
Salon « Pages » - Paris
1999
SAGA, (Éditions Anne Bourdier)
1998
10/1000 Carte blanche à un amateur de gravures, Galerie La Teinturerie - Paris
Collections Publiques
Musée de Bayeux
Musée des Beaux-Arts de Caen
Musée d'Évreux
F.R.A-C. de Basse Normandie
CMAC d'Évreux
Artothèque d’Amiens
Artothèque de Caen
Artothèque d'Évreux
Artothèque de Limoges
Artothèque de Nantes
Artothèque de St Herblain
Bibliothèque Nationale de France
Bibliothèque d'Alençon
Bibliothèque d'Amiens
Bibliothèque de Bordeaux
Bibliothèque de Clermont-Ferrand
Bibliothèque de Dieppe
Bibliothèque d'Évreux
Bibliothèque de Le Havre
Bibliothèque de Montluçon
Bibliothèque de Morlaix
Bibliothèque de Nice
Bibliothèque de Rennes
Bibliothèque de Rouen
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Exposition Vinyl Event à la galerie Trait Personnel
Des gravures en permanences chez :
Galerie La Hune Brenner — Paris
Galerie Vivienne, Lettres et Images — Paris
Galerie Michèle Broutta — Paris
Galerie Plein Cadre — Caen
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