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Jean DESMIER
Plasticien Graveur


Jean DesmierblancJean DesmierblancJean Desmierblanc© photos ADM


Les Enclos
Les Enclos sont comme des jardins secrets entourés d'océans ou de noirs profonds. Fermés en apparence, ces lieux ouvrent à d'autres libertés. Liberté de jouer, de rêver, de mêler rêve et réalité. Liberté d'endosser les rôles de l'éphémère ou de l'éternel.

Quelques signes doivent suffire à traduire cela, signes dont la distance qui les sépare, leur tension lumineuse et leur façon de s'inscrire dans le noir et le blanc en font les seules véritables clefs de ces jardins. Ainsi que l'existence du dessin en tant que tel doit être l'unique garante de ces passions encloses.

La narration plastique est possible tant qu'elle demeure source du dessin dans sa matérialité. Dès qu'elle se fait trop pesante, elle doit s'arrêter. Francis Bacon, dans un entretien avec David Sylvester, traiterait presque de pleutres les « abstraits » qui, pour lui, cherchent à fuir la difficulté de la figuration. Malgré l'impression un peu réactionnaire qu'il pourrait sembler générer, ce propos pose le véritable problème. Le désir de peindre prend forcément corps (entre-autres) dans une impulsion de traduire — que celle-ci soit née sensation, concept, événement poétique, récit... — et vivra, tout le long du processus créatif qui lui fera suite, en bonne entente, ou au contraire, vilainement encombré par cette phase inévitable de sa propre émergence.
De cet accord entre le désir de traduire et celui de respecter l'énergie propre à l'acte de peindre, dans le maintien constant de ce périlleux équilibre, dépendra l'apparition d'une juste résonance finale en étant parvenu, pour le peintre abstrait, à ne pas sombrer corps et bien dans les abysses esthétisantes du formalisme, et pour le figuratif, dans celles d'un illustratif complaisant et réducteur.
Jean Desmier


Jean Desmier dessin blancJean DesmierblancJean DesmierblancVenise Jean Desmier dessin fusain blancJean DesmierblancJean Desmier dessin blanc© photos ADM
Je dessine
Exclusivement en noir et blanc. Essentiellement sur papier.
Il ne me semble pas avoir choisi cette « façon de procéder ». Elle s'est imposée d'elle-même, comme source pourvoyeuse d'inusables lumières que je ressens sans doute comme les plus conniventes de l'intimité et de l'intériorité. Le travail de dessin, outre le fait de répondre à sa propre exigence plastique, a chevauché une succession de récits dont les miroirs émotionnels reflétaient les différents états. Mais tout cela, finalement, ne construit qu'une seule histoire, qui, comme toute aspiration d'une œuvre humaine va tenir à la fois du bien peu et de la plus grande importance. Car le récit n'est qu'un prétexte à rejoindre le guet, celui d'où il sera possible de percevoir autrement la relation de son propre vécu avec les aléas du monde. Dessiner pour ne pas être avalé ? Certainement.
Mais dessiner surtout pour être plus présent à la beauté des choses dont seule la nécessité d'aimer sait donner la vraie mesure.
Jean Desmier, mai 2007


Jean DesmierblancJean DesmierblancJean DesmierblancJean DesmierblancJean DesmierblancJean DesmierblancJean DesmierblancJean DesmierblancJean Desmierblanc© photos ADM
Portraits (Le choix est radical)
Un bouquet sur une table, évident dans sa banalité, se présente frontalement.
Un corps à l'échelle du nôtre, un face à face sans détour.
Dans les dix-huit variations de ce face à face, nous sommes happés par la présence de ce corps/signe. Il est devenu espace, chaque fois différent, et l'on va de l'un à l'autre comme on interrogerait dans une galerie de portraits l'aura de chaque personnage, son léger basculement, le mouvement infime qui le maintient en tension, le noir insondable qui le projette dans la lumière, ou inversement le corps noir comme détaché de l'ombre mouvante dont il est issu.
Table et bouquet fusionnent en un seul signe, acteur de l'espace qu'il engendre, prétexte du vrai propos, celui de la lumière, inlassablement convoquée dans les tensions des noirs somptueux, des blancs révélés, des gris caressés, gravés, griffés…
La lumière est devenue matière, matière noire et matière blanche, épiphanie sensuelle chaque fois renouvelée par la force du signe vainqueur du "sujet".
Annick Maulion


Jean DesmierblancJean DesmierblancJean DesmierblancJean DesmierblancJean DesmierblancJean Desmier© photos ADM
Le corps du dessin
Une forme est une forme, est une forme est une forme, c'est comme ceci que cela, tout en se bouclant, devrait s'énoncer désormais, à l'infini. Par une large et longue coulée de mots, continue, ininterrompue.
(Mais cette logique, je ne crois pas qu'elle soit vraiment acquise, aujourd'hui.)
Une femme ; un meuble dans l'espace ; une brosse à cheveux ; un miroir : quoi de plus simple ? Une nature morte, un objet, des fleurs, dans leur simplicité native, leur virginité, leur charnelle innocence, peuvent commander dans les deux sens du terme, un dessin.
Un bien modeste bouquet sur un bien modeste guéridon, qui se présente frontalement. Un bouquet sur une table, évident dans sa banalité — les pommes du maître d'Aix, le Fort d'Antibes, la série des Billards, de Braque — mais à chaque fois dissemblable, dans chacun de ses états.
Variations formelles…
Sachant qu'une forme n'est jamais neutre, voilà forclose la « bien encombrante question du sujet ». C'est en tâtonnant que l'œuvre s'élabore. L'artiste gomme, efface, pétrit, malaxe. Il dessine comme un peintre peint. « Je laboure le papier je me prends des crampes dans la main » constate-t-il. « Pénétrer le blanc. Je suis en permanence dans la gravure ».
Graver : ce qui se grave (gravité), engage (Graben). Le travail va dès lors légitimer le dessin. Quelque chose qui n'a plus de rapport assujetti à l'image viendra diriger le tout. Car, à un moment, c'est la matière qui dirige le dessin. Non plus le dessin préalable, initial, balbutiant, mais ces noirs somptueux, satinés, ces gris variés, ces blancs évanescents, diaphanes. Le dessin comme matière, comme espace. Comme territoire d'expérimentation, qui détermine à mesure ses propres besoins. (Ce ne sera pas sans repentirs). Les différentes aspérités, les nœuds, les ligatures du dessin. Saignées, rotules, poplités. Qui s'allongent, se retendent, s'odalisquent, se nidifient, se lovent et se replient sur eux-mêmes en position fœtale.
De « dessineur », comme il se qualifie volontiers, d'« écriteur » (ibidem), Desmier devient « dessinant ». Il est, se fait, le scripteur de l'immarcescible évolution du réel. D'un temps déplié, qui habiterait tout entier dans un seul espace. Les hiérarchies perspectives des Très Riches Heures du Duc de Berry, c'est à cet endroit-là qu'il se trouve, de ce côté-là de la barrière. Dans ces terres jadis… Uccello, les Batailles de San Romano, le lièvre véloce qu'on y chasse à l'arrière-plan à l'arbalète. Genet, sur Rembrandt. Verlaine, sur Titien. Claudel, bien sûr Les écrivains… Barthes, écrivant sur CyTwombly. Se souvient-on encore de ce film, qui avait fait scandale, un film québécois de Gilles Carie, La Vraie Nature de Bernadette (1972) ? La quête de Jean Desmier, à travers ses dessins du corps de femmes et de jeunes gens nus, de bouquets de fleurs (mais c'est la même chose, Mapplethorpe l'aura rappelé), est celle de la vraie nature, tellement polyvoque ! du dessin. Il dessine des corps mais c'est le corps du dessin, sur le fond, qui le préoccupe…
La Bataille de Pharsale, de Claude Simon n'est que, et surtout !, La Bataille de la Phrase. Pas le récit d'une aventure, mais l'aventure d'un récit. « Mon grand problème étant de lutter contre le naturalisme, soit en passant par l'archaïsme, soit en "totémisant" les figures. » L'espace ne vient pas des images. Il vient des relations que celles-ci entretiennent entre elles. Un dessin restant cloisonné dans son image sera par essence perdu. (Fonds de Chardin ? Petit pot d'olives : se reporter à Diderot). Que voit-on ? Lancinante question.
Pour Desmier ce qui « tient », au sens où un matelot « tient » son gouvernail, qu'une démonstration mathématique « tient » scientifiquement, qu'un soiffard « tient » l'alcool, c'est ce qu'il y a derrière l'apparence. Son dessein étant de faire apparaître l'apparence, de traverser l'apparence, voir derrière elle et, par dilution de celle-ci, capter un autre essentiel. Car soudain quelque chose se dévoile, surgit !… Pas de doctrine, de l'empirisme, mais un je-ne-sais-quoi choisissant de se révéler.
La force du travail de Jean Desmier à mes yeux, est de rendre visible, à qui veut voir (je serais assez enclin d'indiquer ce dernier verbe en italiques, typos, typographiez !), ce qui advient par un phénomène de surgissement naturel. De débusquer enfin ! (comme ces autres nigauds-là, à l'époque des Médicis, chassant le lièvre-moqueur à l'arbalète), ces signes qui ne décriraient pas les choses, mais qui existeraient par eux-mêmes, bruts de décoffrage.
Seuls. Dans leur souveraineté plénière.
        Alain (Georges) Leduc [Paris, 12 avril 2012.]
        Membre de l'Association internationale des Critiques d'Art (A.I.C.A.), de l'Association internationale des Sociologues de Langue française (A.I.S.LF.), et de l'Association française des Anthropologues (A.F.A.)


In Situ «Lire et écrire l'espace»

Histoire d'une expérimentation plastique dans un paysage. Cette vidéo présente une sélection des travaux réalisés par des étudiants en architecture dans le cadre d'un atelier proposé chaque année sous la direction de Jean Desmier, enseignant plasticien à l'ENSAPLV.
Elle a pour cadre le site du Veillon sur le littoral vendéen.
Musique originale Mathias Desmier.


Déclinaison pour une belle amoureuse Jean Desmier blancDéclinaison pour une belle amoureuse Jean Desmier blancDéclinaison pour une belle amoureuse Jean Desmier blancJean Desmier dessin blancJean Desmier dessin blanc© photos ADM

Expositions personnelles
2013
        Sans titre, UNA VOLTA Galerie du centre culturel – Bastia
2012
        Le corps du dessin, Centre d'art de Montrelais – Varades
2009
        Déclinaisons… Galerie des Éditions L. Mauguin – Paris
        Dessins très privés, Greata Pasquini et Matteo Banchi – Paris
2006
        Les ports, Paysages de Vanité, Centre d'Art de l'ancien Synagogue – La Ferté-sous-Jouarre
2003
        Les Enclos & Venise, Galerie Trait Personnel – Lyon
2002
        Peintures et gravures, les ateliers d'Ivry, Manufacture des OEillets
2000
        Venise, Petites scènes de la vie des femmes, Galerie Callu Mérite – Paris
        Grands Hôtels, les Enclos, Paysages, Galerie de l'E.S.A – Paris
1997
        Les Maisons, Tentatives d'enlèvements, Galerie de l'E.S.A.– Paris
        Dessins, Hôtel de ville – Le MANS
1993
        La promenade des hommes, Galerie Anne Robin – Paris
1991
        Extraits 1980-1990, Galerie de l'E.S.A. – Paris
        Les marcheurs, Natures mortes, Galerie Anne Robin – Paris
1986
        Dessins, Les baisers, Galerie Brigite Rocourt – Paris
1984
        Fictions, Galerie Jacques MassolShééhadé – Paris
1983
        Dessins, Galerie Brigite Shéhadé – Paris
 
Expositions collectives
2010
        Femme au miroir, (4 installation) Journées du Patrimoine, Le Presbytère — Charcé Saint-Ellier
2007
        Ciels de Lit (dessins), Chambres (monotypes), galerie de l'Aubance – Brissac Quince
2006
        Centenaire Samuel Beckett, Centre d'Art de l'Ancienne Synagogue – La Ferté-sous-Jouarre
        Traits Rares, Galerie Callu Mérite – Paris
2004
        Océan, Manufacture des OEillets – Ivry
        Galerie Callu Mérite – Paris
2003
        Galerie Callu Méritr– PARIS
        XS 2004, Galerie Trait Personnel – Lyon
2001
        80 dessins du xxe siècle, Galerie Callu Mérite – Paris
2000
        Dédicase, Art Paris– Paris
1999
        Galerie Callu Mérite – Paris
1996
        Artistes sur canapé, Galerie V.I.A. – Paris
1995
        SIAC - STRASBOURG
        Piazze, Galerie Anne Robin – Paris
1993
        Papiers d'Artistes – Paris
        Europe Art – GENÈVE
1991
        Galerie Anne Robin – Paris
1990
        SAGA, Grand-Palais – Paris
1984
        FiAC, Grand-Palais – Paris
1982
        Galerie Brewster – New-York
1978
        Le portrait, Galerie Sylvia Bourdon – Paris


Bibliographie
Jean Desmier - l'atelierblancJean Desmier dans l'atelierblancJean Desmier dans l'atelierblanc© photos ADM et Isabelle Lecourt
Le corps du dessin, Centre d'art de Montrelais (septembre 2012)
Désir, désir. à propos de « petites scènes de la vie des femmes ». La libre essentielle (févier 2001)
Le matricule des Anges, (janvier 1998)
Les maisons, Nathalie Mercier, le Généraliste (mars 1997)
Trait de patience, Jean-Jacques Lévêque, Le Matin (mars 1986)
La promenade des hommes, Juliette Kahane (novembre 1993)
Jean Desmier, Françoise Monnin, Artension (novembre 1991)
De quelques tiraillements sur le papier, Jacques Jouet (octobre 1991)
Jean Desmier in « Le dessin », Gérard Xuriguera, éditions Mayer, 1987
Le baiser, Jean-Jacques Lévêque, Le Matin (novembre 1986)
Ça se passe rive droite, Jean Desmier, France-Soir (juin 1984)
Étrange Desmier, Claude Libert, Le Figaro (juin 1983)
Desmier : description et ruine du temps, Pierre Bourgeade (mai 1983)
L'absent des chambres, lsaure de Saint-Pierre (mars 1979)
Le trait d'éros, Jean Marie Tasset, Le Figaro (mars 1979)
 
 
Éditions
Lire et écrire l'espace, In Situ Sélection de travaux réalisés avec des étudiants en architecture dans un site du littoral vendéen. Cette expérimentation plastique dans le paysage, proposée et dirigée par Jean Desmier, enseignant plasticien à l'ENSAPLV, s'est répétée et construite sur de nombreuses années. Le propos de cette expérience est de faire cohabiter deux langages, Peinture et Architecture, dans le questionnement des notions de spatialité qui leurs sont communes. La confrontation au paysage est prise ainsi comme outil de mesure, offrant l'opportunité d'une analyse plus aiguë. Le paysage devient alors témoin, référence, support et moyen d'écriture.

Lire et écrire l'espace, In Situ (DVD), Atelier AMD avec l'ENSAPLV, 2011
Le livre des Maisons, éditions Éolienne, 1997
Petites scènes de la vie des femmes, éditions Éoliennes, 2000
Les Enclos, revue Hespéris n° 7, 2001


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