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Yan Pei-Ming
Peintre
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Yan Pei-MingblancYan Pei-Mingblanc© photo thierry Lindauer, Centre France
         1980. À cette époque, la diaspora des artistes fuyant une Chine où règne la théorie du réalisme socialiste se sépare en deux groupes. L'un s'installe provisoirement à New York ; l'autre, riche de personnalités telles que Chen Zhen, Huang Yong Ping, Wang Du et Yan Pei-Ming, se rassemble durablement à Paris.

         L'art de Yan Pei-Ming est celui d'un « modernisateur ». Séculier, hors idéologie, son bras prolonge avec la vitesse de l'exécution ce que le romantisme pictural de la première moitié du XIXe  siècle avait imaginé sans pouvoir le réaliser pleinement : le dépassement de la priorité accordée au sujet par sa saturation picturale. Un demi-échec qui laissera la porte ouverte, dans le dernier tiers du siècle, à une autre solution, longtemps considérée plus radicale, à savoir sa progressive disparition — celle que viendra consacrer la naissance de l'abstraction après 1910. 
L'exposition de Yan Pei-Ming à la Fondation s'invente comme un nocturne . Si Arles, de l'étroitesse de sa chambre à l'amplitude infinie de la nuit étoilée, a su constituer pour Vincent van Gogh la matrice d'un moment artistique d'exception, c'est le Monde, rendu si proche par la circulation de l'information, qui gravite dans les récits d'images de Yan Pei-Ming, peintre d'histoire(s). Alors que le noir et blanc détermine sa portée habituelle, voilà que les couleurs s'insinuent, irisent la composition ou s'emparent du tableau sans jamais retirer leur puissance évocatrice aux angoisses de la nuit. Du coup, l'oeuvre de l'artiste prend sa part de couleur et en assume l'entière subjectivité.
C'est comme si, pour laisser place à l'épanouissement de ses propres présences et événements qu'elle n'a de cesse d'énergiser, la peinture de Yan Pei-Ming avait réuni là les conditions approximatives d'un rituel d'exorcisation. Celui des spectres et démons que libère, quoi qu'on en pense et quoiqu'on fasse, le parrainage obligé du peintre hollandais suicidé.
Xavier Douroux, commissaire de l'exposition « Night of Colours ». Codirecteur du Consortium à Dijon et fondateur des Presses du réel


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«Yan Pei-Ming face à Courbet»
Yan Pei-Mingblanc
© DR (Yan Pei-Ming
        
Pour célébrer le Bicentenaire de la naissance de  Gustave Courbet, il fallait nécessairement, après avoir rappelé tout ce que l'art doit à la liberté esthétique que le peintre a su imposer en  son temps, montrer combien il reste une référence pour les artistes  d'aujourd'hui.
Et c'est Yan Pei-Ming, peintre contemporain et  internationalement reconnu, qui se confronte à une dizaine d'œuvres  majeures du maître d'Ornans. C'est d'ailleurs dans l'atelier de Courbet à  Ornans – actuellement en cours de restauration – que Yan Pei-Ming  réalise depuis le mois de mars 2019 les toiles qui viendront relever  le défi d'un face-à-face. L'exposition Yan Pei-Ming face à Courbet s'attache à traduire les multiples connivences artistiques entre ces deux peintres à quelque six générations d'écart.


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«Paroles d'artiste»



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«L'homme qui pleure»
mingblanc
© DR (Yan Pei-Ming)



         Genèse de l'exposition « Yan Pei-Ming - Au nom du père » Du 2 avril au 6 septembre 2021. Frédérique Goerig-Hergott, commissaire de l'exposition et Yan-Pei-Ming. Musée Linderlinder de Colmar.

         « Sois sage, ô ma douleur et tiens-toi plus tranquille » Baudelaire (Recueillement)
         Non, la douleur de l'homme qui pleure ne le tient pas tranquille. C'est plutôt la colère et le cri qui l'animent. Révolte contre la violence des hommes rendus au même rang que des bêtes (chiens prêts à sauter pour lacérer leur proie ou à hurler avec les loups). Mais surtout, révolte contre l'humaine condition, si c'est un homme, avec la mort comme seul horizon. La mort, la séparation est une déchirure qui est faite à l'être humain et nous met en exil de nous-mêmes, dès la naissance. Ming est un homme qui pleure mais aussi un exilé. N'est-ce pas de cette place – un peu à côté, ici et ailleurs – qu'il peut le mieux nous livrer une lecture de l'Histoire, l'Histoire de l'Art, Histoire contemporaine ?
Ming déplace notre regard ; Ming est un déplacé. Exécution, après Goya, montre comment il reconstruit, relit la scène en décentrant le point de vue, en portant l'éclairage légèrement ailleurs. Et c'est une œuvre nouvelle dans la puissance du feu qui apparaît et nous relie à Goya.
Il nous accueille dans cette exposition en position d'orant. A genoux comme en prière, paumes ouvertes d'où jaillirait peut-être ce qu'il désire offrir : le geste pictural mais aussi, la geste, le poème épique qu'il nous propose. Il y a de la révérence dans cette posture. Révérence pour les morts, pour l'impossible destinée de l'Homme (selfportait at four ages). La seule réponse éthique qui s'impose à Ming est celle de la peinture, de la création. Survivre, se survivre dans un geste, un acte qui restera et rendra vivante la mémoire de ce qui fut, de ceux qui furent.
Sobrement intitulé portait d'un ami, celui de Xavier Douroux, comme l'écrit Franck Gautherot, est celui de l'homme tout en colère retenue, homme militant de la culture face au réel contre lequel on se heurte. En miroir, le portrait de Fabian Stech où, dans le regard rieur de l'enfant, on retrouve tous les possibles, tous les rêves. Enfant des promesses à l'âge où l'acuité du regard sur le monde se construit dans une vraie lucidité. Paradis perdu ?…. toujours recherché, à jamais perdu.
Mais Ming-l'orant se veut celui qui dévoile les dessous du Game of Power. Le monde n'est pas un paradis : Fukushima, 11 mars 2011 et september 11th 2001. Les hommes du Game of Power ne serait-il pas des orangs-outangs ? « La comédie du Père-Orang, du pérorant Outang »1 : de Trump pérorant à coup de tweets à Bachar El-Assad dont les péroraisons tuent le peuple à coups de bombes chimiques et puis Poutine, Mohamed bin Salman et Kim Jung-un. Ces quelques-uns qui se mettent en de Père-Orang-Outang pour mieux asservir leurs fils… comme le père de la horde primitive de Totem et Tabou.
Pour Ming ; pas de tabous, il peint les totems (cf. la série de représentations de Mao) comme l'homme préhistorique sur les murs de la caverne dans une sorte de sacrifice propitiatoire afin que l'humanité soit rachetée.
Ming-le voyant qui fait se confronter, sur les murs de la caverne du philosophe, les regards de femmes voilées au regard mort de l'Oncle aveugle. L'homme aveugle ne peut pas voir les femmes, sauf par son regard intérieur. Et les femmes interdites n'ont plus que l'arme de leur regard pour exister au monde. Mais, c'est le peintre qui est, là, le voyant tel le poète des Illuminations et qui nous permet de voir au-delà de cette mascarade.
Et puis, l'homme qui pleure, c'est l'enfant, le fils devant Ma mère – Souffrance · Espoir · Effroi ·. Dans un geste d'évidence, il lui offre ce que, dès la Renaissance, on a appelé un Tombeau (composition poétique, œuvre musicale en l'honneur d'un artiste, d'un grand homme disparu. Ex. : Le Tombeau de C. Baudelaire de Mallarmé ou Le Tombeau de Couperin de Ravel).
Dans la salle des tombeaux des Ducs de Bourgogne, les grands hommes ne sont pas ceux que l'on croit. C'est une petite femme qui les domine tous et pour toujours.
À Paul S.
17 mai 2019 - Françoise Lespinasse - J. Lacan, L'Etourdit, 1972


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«Elle préfère attendre»
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«Night of Colours»
Yan Pei-MingblancYan Pei-MingblancblancYan Pei-Ming
blanc
blanc© DR (Yan Pei-Ming)
         L'exposition de Yan Pei-Ming à la Fondation s'invente comme un nocturne . Si Arles, de l'étroitesse de sa chambre à l'amplitude infinie de la nuit étoilée, a su constituer pour Vincent van Gogh la matrice d'un moment artistique d'exception, c'est le Monde, rendu si proche par la circulation de l'information, qui gravite dans les récits d'images de Yan Pei-Ming, peintre d'histoire(s). Alors que le noir et blanc détermine sa portée habituelle, voilà que les couleurs s'insinuent, irisent la composition ou s'emparent du tableau sans jamais retirer leur puissance évocatrice aux angoisses de la nuit. Du coup, l'oeuvre de l'artiste prend sa part de couleur et en assume l'entière subjectivité.
C'est comme si, pour laisser place à l'épanouissement de ses propres présences et événements qu'elle n'a de cesse d'énergiser, la peinture de Yan Pei-Ming avait réuni là les conditions approximatives d'un rituel d'exorcisation. Celui des spectres et démons que libère, quoi qu'on en pense et quoiqu'on fasse, le parrainage obligé du peintre hollandais suicidé.
Xavier Douroux, commissaire de l'exposition « Night of Colours ». Codirecteur du Consortium à Dijon et fondateur des Presses du réel 


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«Water Colors»
water colorsblanc
© DR (Yan Pei-Ming)


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«Landscape of Childhood»
Yan Pei-Ming, Landscape of ChildhoodblancYan Pei-Ming, Landscape of Childhoodblanc© DR (Yan Pei-Ming)
         À Pékin, Inaugurée en avril 2014, la Fondation Vincent van Gogh Arles rend hommage à l’oeuvre de Van Gogh — peintre dont la créativité florissante atteignit son apogée lors de son séjour dans la ville, entre 1888 et 1889 — tout en explorant son impact dans l’art actuel. Au gré des expositions temporaires, des toiles et dessins originaux du maître hollandais côtoient des créations d’art contemporain, créant un dialogue fructueux et renouvelé. 

Yan Pei-Ming, Landscape of Childhood© DR (Yan Pei-Ming)
         Un étonnant paysage
         Avec son allure de chef comanche pacifié, son œil taquin et son éternel cigare aux lèvres, Yan Pei-Ming se laisse fouetter par ses chérubins avec un bonheur évident. « Tout le bruit de ces souffleries, c’est un peu comme une sirène, cela donne de la puissance, comme si ces enfants avaient désespérément envie de vivre, de crier, confie l’artiste. De toute manière, mes œuvres ont toujours exhalé l’angoisse. Je ne veux pas exprimer le bonheur, qui est bien trop éphémère ». Sur l’immense mur du fond, l’artiste a peint un étonnant paysage dans le même dégradé de gris que les drapeaux. « Un paysage international, de partout et de nulle part, une campagne brumeuse, le paysage imaginaire, parfait, de l’enfance. »
L’exposition a été créée pour l’UCCA), ouvert en 2007 par les collectionneurs belges Guy et Myriam Ullens dans cette ancienne usine de composants militaires. Un lieu unique dont le « grand hall » de 2 500 m2, s’activaient naguère les ingénieurs est-allemands, peut offrir sa démesure à celle des créations artistiques. Techniquement, Yan Pei-Ming s’est amusé. Tous ses portraits sont réalisés, non avec de la peinture, mais avec de la teinture pour tissu. « Pour la soufflerie à l’intérieur des mâts, l’idée m’est venue la première fois en 1997, en voyant les images de la cérémonie de rétrocession de Hongkong à la Chine, ou il fallait que le drapeau chinois flotte parfaitement », dit-il.
« Cette création d’une folle ampleur est faite en exclusivité pour la Chine, se félicite Jérôme Sans, directeur de l’UCCA), et c’est la première fois que Yan Pei-Ming expose à Pékin. » Curieusement, ce natif de Shanghai, arrivé il y a près de 30 ans à Dijon, dont il n’a plus bougé, n’avait jamais posé ses toiles dans la capitale chinoise. L’homme qui a enterré la Joconde au Louvre au printemps a clairement soufflé le public pékinois.
         Arnaud de la Grange, correspondant du Figaro à Pékin


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«Au bord de l’eau, 108 BRIGANDS»
YAN PEI-MINGblanc© DR
> Le Château Royal de Blois, dans le lieu historique de la salle des États généraux, dresse Les 108 brigands de Yan Pei-Ming, une œuvre qui fait référence au roman épique chinois « Au bord de l’eau, 108 brigands ». Cette installation monumentale constitue une galerie de portraits comme autant d’affirmations d’individualités et propose une relecture forte par un artiste contemporain de renom.


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«Portraits d’artistes»
Yan Pei-MingblancYan Pei-Mingblanc© Yan Pei-Ming, photos Fondation Maeght


Une peinture sous haute tension
par Françoise Lespinasse (à propos de l’exposition « Yan Pei-Ming, portraits d’artistes » Fondation Maeght, St Paul de Vence)

         C
ontrairement à l’image forgée par et pour les médias : la success-story du chinois au gros cigare, la dimension de ses toiles, l'image de Mao qu’il toiserait du haut de sa réussite, cette démesure… Pei-Ming, ce n’est pas ça ou pas que ça ou autrement ça.
         En musant (1) dans les salles de la Fondation Maeght où les œuvres de Pei-Ming dialoguent avec Giacometti, j’ai été saisie, touchée par cette autre chose, ce "je ne sais quoi" plein de respect pour les maîtres, cette finesse de l’émotion discrète –comme ces coulées, giclées de blanc sur la toile du père mort de l’artiste : autant de larmes contenues qui s’échappent, débordent comme par mégarde, à l’insu du fils-peintre.

         Peinture en tension, donc, où la violence des traits, des aplats ne serait là que pour dissimuler la recherche d’un au-delà de la peine, de l’angoisse et de la perte. C’est une peinture qui se défend du pathos à grands coups volontaires mais qui parle de l’exil, d’une patrie (étymologiquement : pays du père), d’une terre, d’un lieu [et l’on pense à la toile Paysage international, lieu du crime - lieu de naissance du père’ (1996) ou encore Paysage international-non lieu (1998)] mais aussi bien exil d’une humanité [avec la série des victimes des portraits-robots jusqu’à l’homme robot – sorte de guerrier masqué de Self-portrait(2007)].

Yan Pei-Mingblanc© Yan Pei-Ming, photo Fondation Maeght

         Homme en exil. Exil de l’Homme.
         Qui se cherche un passage dans le paysage. Un lieu de rencontre où être avec l’autre dans le paysage. J.Oury nous dit : «  Ce que je voulais souligner, c’est que passage a quelque chose à voir avec "sens". Et "sens" avec "sentier". Marcher dans le pré de Francis Ponge, c’est déjà du sens. L’homme qui marche de Giacometti, marche dans le pré de Francis Ponge. On ne peut avoir accès au sens que par le pathique à l’opposé du gnostique. » (2) D’où le dialogue fécond, dans la scénographie de l’exposition entre la peinture de Pei-Ming et les sculptures de Giacometti.
         De Mao déboulonné au père mort, Pei-Ming interroge les idoles –celles en qui il a cru, ce qu’on lui a fait croire. Il se la joue cynique, il ne serait qu’en exil de ses anciennes croyances. Toujours à la recherche de cette terre inter-dite : la Chine où d’ailleurs il retourne travailler parce que c’est là qu’est son terreau, que sont aussi ses maîtres.
         Toujours à la recherche de cet indicible d’entre les mots : sa relation à ce père qui ne lui parlait pas mais combien présent, au cœur du foyer, assis au bout d’un banc mangeant son bol de riz. Relation au père hors les mots et à qui Pei-Ming a offert tant de mots pour le qualifier (1996, la série "Le père de l’artiste" : l’homme le plus égoïste, serein, paresseux, distant, anonyme, puissant, respectable, aimant, doux, gentil, profond, méticuleux, etc…)(3)
         Alors, on est touché par la salle où sont exposés la toile du père mort de l’artiste (Pour l’amour du père de l’artiste, 2007), le portrait d’un Giacometti (2007) si beau dans la jeunesse de son œuvre et l’auto- portrait de Pei-Ming au masque à gaz (Self-portrait, 2007), pris dans la violence d’une guerre prévisible et inhumaine. Suivons les regards de ces trois hommes. Ils se rejoignent en un point. Lequel ? La statue de Giacometti comme la femme-énigme au centre de tout ? Peut-être… Ou bien, en ce point mystérieux où se nouent les relations entre un père et son fils, un artiste et un maître. Question de la dette, lieu de guerre éventuelle dont Pei-Ming se protège sous un masque mais aussi lieu de re-connaissance. Question de la transmission.
         Mais aussi, comme l’écrit J. Oury : « La conation esthétique a pour but de faire coïncider la personne actuelle avec son projet. Les "œuvres" d’art ne sont que des "échecs"’ : traces, empreinte ; solidification en "en-soi-raté". Elles sont cependant des structures nécessaires d’approximation, d’asymptotisation. La conation esthétique est une fonction intentionnelle vitale. » (4) Confrontation vitale pour Pei-Ming qui a pu dire : « je me sens vraiment un minable. C’est une révolte qui me force à travailler. » (5)
         Derrière la violence apparente du travail de la matière picturale, se niche une imperceptible tendresse comme dans ces toiles étonnantes des fleurs après l’enterrement du père de l’artiste (Fleurs des funérailles du père, 2003, exposition à la Galerie Anne de Villepoix, Paris 3ème) : un travail du blanc qui en fait une texture vibrante, opalescente si fragile comme les pétales éphémères des lys mortuaires, le temps d’une veille.
         D’ailleurs, depuis la mort du père de l’artiste, Pei-Ming va de plus en plus souvent en Chine où il travaille l’aquarelle. Ce qui lui permet enfin de "voyager léger" entre Chine et France, entre deux cultures, deux continents et de découvrir un autre art du voyage, du passage en douce : une autre façon d’aborder l’art.
         Peinture sous tension, disais-je ! Entre veille et réveil, entre force et douceur… ce n’est pas la violence qui est contenue mais l’abandon de soi.
Pei-Ming nous parle de son exil intérieur et de l’insoutenable légèreté du vivre et du mourir.
         Attention : cette peinture est sous haute tension : Prenez soin d’elle.(6)

         (1) Au sens où J.Oury l’emploie d’après les catégories de M.Balat, à savoir : « Le musement est un terme médiéval qu’on trouve chez Chrétien de Troyes. Il parle du "musement" quand Perceval arrive devant le château du roi Arthur et reste là dans un état qui n’est ni de sommeil, ni de somnambulisme mais de musement », in Cahier du stage n°2, « Eléments de psychothérapie institutionnelle », J. Oury, 2004, p.96.
         (2) in Préfaces, J.Oury, ed. Le pli, 2004, p.11.
         (3) Lire à ce propos et avec profit « Le nom du Père », in Yan Pei-Ming, Christian Besson, Hazan, 1999, p. 36/43.
         (4) J. Oury, Essai sur la conation esthétique, ed Le Pli, 2005, p.166.
         (5) « Yan Pei-Ming et ses modèles », entretien avec Laurent Salomé, 1997, p.37.
         (6) Clin d’œil au travail de Madame Sophie Calle qui n’a pas besoin qu’on prenne soin d’elle : elle se suffit à elle-même !










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