Et alors association d'art contemporain

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Yan Pei-Ming

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«Water Colors»
Exposition > 8 Juillet > 12 Septembre 2012

water colors © DR (Yan Pei-Ming)


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«Landscape of Childhood»
Exposition > 19 Juin > 11 Octobre 2009

Yan Pei-Ming, Landscape of ChildhoodYan Pei-Ming, Landscape of Childhood
© DR (Yan Pei-Ming)
         > À Pékin, l’artiste franco-chinois présente, dans une ancienne usine militaire une création qui ne manque pas d’air.
Un instant on pense s’être trompé, avoir raté la porte d’une enceinte culturelle et se trouver dans la soufflerie d’essais d’un avionneur. C’est l’étrange expérience que le grand et facétieux Yan Pei-Ming nous fait vivre avec sa dernière création exposée jusqu’au 13 septembre au fameux Ullens Center for Contemporary Art (UCCA) de Dashanzi, le district artistique 798 de Pékin.
Le mot « décoiffant » prend ici toute sa littérale signification. Trente-quatre drapeaux flottent au vent artificiel levé par autant de ventilateurs. Sur chaque étoffe, un portrait de nouveau-né chinois. L’effet est saisissant, dégageant puissance et fragilité. Les étendards claquant au vent donnent un sentiment de martiale assurance, comme si ces enfants partaient à la conquête de leurs lendemains. Et, en même temps, ces portraits tourmentés par les caprices de l’air, ces peintures en mouvement, dégagent un sentiment d’angoissante fragilité. Et puis, il y a ces mâts, qui ne montent pas du sol mais tombent du plafond. Allégorie d’un avenir en berne ? « Vous pouvez le voir comme cela, s’amuse Yan Pei-Ming, mais les drapeaux, eux, sont à l’endroit. Nous sommes entre les deux, entre la vie et la mort… »

Yan Pei-Ming, Landscape of Childhood © DR (Yan Pei-Ming)
         Un étonnant paysage
         Avec son allure de chef comanche pacifié, son œil taquin et son éternel cigare aux lèvres, Yan Pei-Ming se laisse fouetter par ses chérubins avec un bonheur évident. « Tout le bruit de ces souffleries, c’est un peu comme une sirène, cela donne de la puissance, comme si ces enfants avaient désespérément envie de vivre, de crier, confie l’artiste. De toute manière, mes œuvres ont toujours exhalé l’angoisse. Je ne veux pas exprimer le bonheur, qui est bien trop éphémère ». Sur l’immense mur du fond, l’artiste a peint un étonnant paysage dans le même dégradé de gris que les drapeaux. « Un paysage international, de partout et de nulle part, une campagne brumeuse, le paysage imaginaire, parfait, de l’enfance. »
L’exposition a été créée pour l’UCCA), ouvert en 2007 par les collectionneurs belges Guy et Myriam Ullens dans cette ancienne usine de composants militaires. Un lieu unique dont le « grand hall » de 2 500 m2, s’activaient naguère les ingénieurs est-allemands, peut offrir sa démesure à celle des créations artistiques. Techniquement, Yan Pei-Ming s’est amusé. Tous ses portraits sont réalisés, non avec de la peinture, mais avec de la teinture pour tissu. « Pour la soufflerie à l’intérieur des mâts, l’idée m’est venue la première fois en 1997, en voyant les images de la cérémonie de rétrocession de Hongkong à la Chine, ou il fallait que le drapeau chinois flotte parfaitement », dit-il.
« Cette création d’une folle ampleur est faite en exclusivité pour la Chine, se félicite Jérôme Sans, directeur de l’UCCA), et c’est la première fois que Yan Pei-Ming expose à Pékin. » Curieusement, ce natif de Shanghai, arrivé il y a près de 30 ans à Dijon, dont il n’a plus bougé, n’avait jamais posé ses toiles dans la capitale chinoise. L’homme qui a enterré la Joconde au Louvre au printemps a clairement soufflé le public pékinois.
         Arnaud de la Grange, correspondant du Figaro à Pékin


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«Au bord de l’eau, 108 BRIGANDS»
Exposition > 11 mars > 20 septembre 2009

YAN PEI-MING © DR
> Le Château Royal de Blois, dans le lieu historique de la salle des États généraux, dresse Les 108 brigands de Yan Pei-Ming, une œuvre qui fait référence au roman épique chinois « Au bord de l’eau, 108 brigands ». Cette installation monumentale constitue une galerie de portraits comme autant d’affirmations d’individualités et propose une relecture forte par un artiste contemporain de renom.


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«Portraits d’artistes»
Exposition > 24 novembre 2007 > 24 mars 2008

Yan Pei-Ming © Yan Pei-Ming, photo Fondation Maeght


Une peinture sous haute tension
par Françoise Lespinasse (à propos de l’exposition « Yan Pei-Ming, portraits d’artistes » Fondation Maeght, St Paul de Vence)

         C
ontrairement à l’image forgée par et pour les médias : la success-story du chinois au gros cigare, la dimension de ses toiles, l'image de Mao qu’il toiserait du haut de sa réussite, cette démesure… Pei-Ming, ce n’est pas ça ou pas que ça ou autrement ça.
         En musant (1) dans les salles de la Fondation Maeght où les œuvres de Pei-Ming dialoguent avec Giacometti, j’ai été saisie, touchée par cette autre chose, ce "je ne sais quoi" plein de respect pour les maîtres, cette finesse de l’émotion discrète –comme ces coulées, giclées de blanc sur la toile du père mort de l’artiste : autant de larmes contenues qui s’échappent, débordent comme par mégarde, à l’insu du fils-peintre.

         Peinture en tension, donc, où la violence des traits, des aplats ne serait là que pour dissimuler la recherche d’un au-delà de la peine, de l’angoisse et de la perte. C’est une peinture qui se défend du pathos à grands coups volontaires mais qui parle de l’exil, d’une patrie (étymologiquement : pays du père), d’une terre, d’un lieu [et l’on pense à la toile Paysage international, lieu du crime - lieu de naissance du père’ (1996) ou encore Paysage international-non lieu (1998)] mais aussi bien exil d’une humanité [avec la série des victimes des portraits-robots jusqu’à l’homme robot – sorte de guerrier masqué de Self-portrait(2007)].

Yan Pei-Ming © Yan Pei-Ming, photo Fondation Maeght

         Homme en exil. Exil de l’Homme.
         Qui se cherche un passage dans le paysage. Un lieu de rencontre où être avec l’autre dans le paysage. J.Oury nous dit : «  Ce que je voulais souligner, c’est que passage a quelque chose à voir avec "sens". Et "sens" avec "sentier". Marcher dans le pré de Francis Ponge, c’est déjà du sens. L’homme qui marche de Giacometti, marche dans le pré de Francis Ponge. On ne peut avoir accès au sens que par le pathique à l’opposé du gnostique. » (2) D’où le dialogue fécond, dans la scénographie de l’exposition entre la peinture de Pei-Ming et les sculptures de Giacometti.
         De Mao déboulonné au père mort, Pei-Ming interroge les idoles –celles en qui il a cru, ce qu’on lui a fait croire. Il se la joue cynique, il ne serait qu’en exil de ses anciennes croyances. Toujours à la recherche de cette terre inter-dite : la Chine où d’ailleurs il retourne travailler parce que c’est là qu’est son terreau, que sont aussi ses maîtres.
         Toujours à la recherche de cet indicible d’entre les mots : sa relation à ce père qui ne lui parlait pas mais combien présent, au cœur du foyer, assis au bout d’un banc mangeant son bol de riz. Relation au père hors les mots et à qui Pei-Ming a offert tant de mots pour le qualifier (1996, la série "Le père de l’artiste" : l’homme le plus égoïste, serein, paresseux, distant, anonyme, puissant, respectable, aimant, doux, gentil, profond, méticuleux, etc…)(3)
         Alors, on est touché par la salle où sont exposés la toile du père mort de l’artiste (Pour l’amour du père de l’artiste, 2007), le portrait d’un Giacometti (2007) si beau dans la jeunesse de son œuvre et l’auto- portrait de Pei-Ming au masque à gaz (Self-portrait, 2007), pris dans la violence d’une guerre prévisible et inhumaine. Suivons les regards de ces trois hommes. Ils se rejoignent en un point. Lequel ? La statue de Giacometti comme la femme-énigme au centre de tout ? Peut-être… Ou bien, en ce point mystérieux où se nouent les relations entre un père et son fils, un artiste et un maître. Question de la dette, lieu de guerre éventuelle dont Pei-Ming se protège sous un masque mais aussi lieu de re-connaissance. Question de la transmission.
         Mais aussi, comme l’écrit J. Oury : « La conation esthétique a pour but de faire coïncider la personne actuelle avec son projet. Les "œuvres" d’art ne sont que des "échecs"’ : traces, empreinte ; solidification en "en-soi-raté". Elles sont cependant des structures nécessaires d’approximation, d’asymptotisation. La conation esthétique est une fonction intentionnelle vitale. » (4) Confrontation vitale pour Pei-Ming qui a pu dire : « je me sens vraiment un minable. C’est une révolte qui me force à travailler. » (5)
         Derrière la violence apparente du travail de la matière picturale, se niche une imperceptible tendresse comme dans ces toiles étonnantes des fleurs après l’enterrement du père de l’artiste (Fleurs des funérailles du père, 2003, exposition à la Galerie Anne de Villepoix, Paris 3ème) : un travail du blanc qui en fait une texture vibrante, opalescente si fragile comme les pétales éphémères des lys mortuaires, le temps d’une veille.
         D’ailleurs, depuis la mort du père de l’artiste, Pei-Ming va de plus en plus souvent en Chine où il travaille l’aquarelle. Ce qui lui permet enfin de "voyager léger" entre Chine et France, entre deux cultures, deux continents et de découvrir un autre art du voyage, du passage en douce : une autre façon d’aborder l’art.
         Peinture sous tension, disais-je ! Entre veille et réveil, entre force et douceur… ce n’est pas la violence qui est contenue mais l’abandon de soi.
Pei-Ming nous parle de son exil intérieur et de l’insoutenable légèreté du vivre et du mourir.
         Attention : cette peinture est sous haute tension : Prenez soin d’elle.(6)

         (1) Au sens où J.Oury l’emploie d’après les catégories de M.Balat, à savoir : « Le musement est un terme médiéval qu’on trouve chez Chrétien de Troyes. Il parle du "musement" quand Perceval arrive devant le château du roi Arthur et reste là dans un état qui n’est ni de sommeil, ni de somnambulisme mais de musement », in Cahier du stage n°2, « Eléments de psychothérapie institutionnelle », J. Oury, 2004, p.96.
         (2) in Préfaces, J.Oury, ed. Le pli, 2004, p.11.
         (3) Lire à ce propos et avec profit « Le nom du Père », in Yan Pei-Ming, Christian Besson, Hazan, 1999, p. 36/43.
         (4) J. Oury, Essai sur la conation esthétique, ed Le Pli, 2005, p.166.
         (5) « Yan Pei-Ming et ses modèles », entretien avec Laurent Salomé, 1997, p.37.
         (6) Clin d’œil au travail de Madame Sophie Calle qui n’a pas besoin qu’on prenne soin d’elle : elle se suffit à elle-même !





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